Libre-pensée et protestantisme libéral. Autour de Charles Wagner et Ferdinand Buisson - Théolib 46

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Libre-pensée et protestantisme libéral.
Autour de Charles Wagner et Ferdinand Buisson - Théolib 46

 
 

 
Ouverture du colloque
Pierre-Yves RUFF
 
    À l’occasion de la réédition par Théolib de l’échange qu’eurent Ferdinand Buisson et Charles Wagner autour de la question de la Libre-pensée, écrits auxquels nous avons adjoint un autre échange, très peu connu, concernant les Droits de l’Homme, nous avons organisé, en mars 2009, un colloque dédié à ce sujet. Ce numéro de Théolib présente les quatre interventions. Nous en reproduisons l’introduction, en guise ici d’éditorial.
    Évoquer une libre-pensée religieuse provoque volontiers l’étonnement ou la stupéfaction. D’aucuns y voient un néologisme barbare, une contradiction entre les termes, voire une absurdité logique. Pour eux, les choses vont de soi : un libre-penseur ne peut en aucun cas s’affirmer comme esprit religieux ; une personne ancrée dans la dimension religieuse ne peut en aucun cas se prétendre libre-penseur.
    Vous connaissez cette définition un peu hâtive, donnée en 1881 : la libre-pensée est une “société rationaliste et athéistique”. Dans cette veine, être libre-penseur impliquerait deux éléments : faire profession d’athéisme, et ne pas accomplir, pour soi-même ou ses proches, des actes religieux. Cela paraît tout simple.
    Mais la simplicité cache souvent une question irrésolue. En l’occurrence, il s’agirait plutôt de multiples questions. Qu’est-ce que croire ? Croire qu’il n’y a pas de Dieu, n’est-ce pas déjà croire ? Et cette dimension de la croyance n’imprègne-t-elle pas l’ensemble de nos existences ? Puis, au-delà ou en deçà de la question de la croyance, se pose une question plus difficile encore : c’est la question de la nature, de l’origine et du ressort de la croyance, ou encore la question de l’humain.
    Il revenait sans doute à Théolib d’ouvrir à nouveaux frais un débat qui pouvait sembler clos. Issu de ce protestantisme libéral qui s’est jadis revendiqué de la libre-pensée religieuse — je pense ici à nombre d’artisans de la laïcité — ou encore d’une religion profondément laïque, comment serions-nous insensibles à l’actualité et l’acuité de ces questions ?
    Pour en parler, nous avons réuni quatre conférenciers. Fallait-il les remercier ? J’avoue avoir quelque peu hésité. Et puis, je me suis dit que nous avions, dans l’existence, bien peu d’occasions légitimes de nous remercier nous-mêmes. Je remercierai donc, et chaleureusement, l’ensemble de nos intervenants.
    Je dérogerai toutefois à l’une des étapes habituelles dans le rituel des colloques : celle de la présentation des orateurs. Présenter un humain, c’est toujours le fixer dans un cadre, pour ne pas dire le figer dans une cage.
    Voilà qui fait penser au lion domestiqué de Wagner. Quand il croise un lion sauvage, il le regarde avec dédain : “Tu n’est pas un lion : où donc sont tes barreaux, et où donc est ta cage ?” Pour nous, autant laisser les choses ouvertes, dans l’espérance de l’inattendu et l’écoute d’une parole libre.
    Merci, bien entendu, à vous, qui parfois venez de loin. Merci surtout aux deux seuls vrais initiateurs de notre journée : Charles Wagner et Ferdinand Buisson. Le premier affirmait : “Au commencement, la religion est laïque, et dans son essence profonde, elle doit le rester.” Sans quoi, ajoutait-il, elle finit ses jours à l’état de conserves : c’est bien fermé, mais on y manque d’air. Cela permet de préserver des choses mortes. Mais, ajoutait Wagner, “de trop vastes nécropoles compromettent l’hygiène de la cité”.
    Quant à Buisson, parlant des grandes constructions théologiques, dont Théodore Monod affirmait qu’elles étaient les “cathédrales de la pensée”, il écrivait : “Nous n’oublions pas que la conscience humaine a grandi à l’ombre des doctrines religieuses. Mais elle n’est plus, croyons-nous, attachée à la fortune de ces grandes constructions métaphysiques tour à tour élaborées et abandonnées par le génie de l’homme.”
    Autant dire que les protestants libéraux se retrouvent au moins dans un constat, à savoir que les cartes postales héritées du passé ne sont plus, et cela depuis longtemps, les espaces privilégiés de la pensée et de la foi.
    Voilà qui nous ramène à la question de ce colloque. Une libre-pensée religieuse, ou encore une religion laïque, est-ce aujourd’hui pensable ? Prenons le temps d’affronter la question, et de la soumettre à ce libre examen d’où provient, à nos yeux, la lumière de notre raison et l’évidence de nos choix.

    Sommaire
     
    Ouverture du colloque
    Pierre-Yves Ruff, Ferdinand Buisson, une libre pensée religieuse
    Jean-Laurent Turbet, Libre pensée ou pensée libre, les exemples du protestantisme et de la Franc-Maçonnerie
    Didier Fougeras, Entre pensée et croyance, métamorphoses de la liberté
    Pierre-Jean Ruff, Charles Wagner, le salut sans la Croix
    Gabriel Séailles, Le Jésus d’un libre penseur (Extrait de Les Affirmations de la Conscience moderne)

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