Méditerranée, carrefour de paroles

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La paix des religions
Méditerranée, carrefour de paroles

 
Serge GUILMIN


Nous avons sauvé du naufrage
Une patrie flottante...
(Adonis, Chronique des branches)

1. "Le droit d'aimer sans mesure"

    Nous sommes comme ces habitants de différentes maisons qui se saluent d'une fenêtre à l'autre : "venez donc chez nous  !" Répondre oui ne signifie pas que l'on abandonne sa propre maison. Cela ne signifie pas non plus que l'on va user du raccourci selon lequel "tous ont le même Dieu". La mise entre parenthèses des lieux communs concerne aussi bien les accords fragiles parfois évoqués que les désaccords. La mystique unificatrice, l'image de la montagne que chacun aborde par des chemins divers et dont on atteindrait un jour le sommet pour se retrouver ensemble dans la même lumière ne nous dispense pas d'évaluer chaque jour nos aptitudes à la rencontre de l'autre. Au cours de controverses sur les dogmes, l'interprétation des textes, les failles de l'histoire et les défaillances de la mémoire, il nous arrive d'oublier la parole prioritaire de l'inconditionnelle bienveillance qui est l'objet même de la parole que le Seigneur des mondes - selon la belle expression de la Fatiha - nous adresse.
    Il ne faudrait pas que l'extrême lumière méditerranéenne finisse par nous empêcher de voir et d'accueillir le visage des autres avec leurs croyances, leurs musiques, leurs poèmes et tout ce qui fait la joie de vivre ensemble la diversité qui nous est donnée. J'ai lu gravée sur une stèle face à la mer, dans les jardins de Tipaza cette citation de Camus : "Je comprends ici ce qu'on appelle gloire : le droit d'aimer sans mesure". Dans une lettre aux écrivains japonais en 1950 Camus s'exprimait ainsi : "Tout ce que nous pouvons faire est d'ajouter à la création, le plus que nous le pouvons, pendant que d'autres travaillent à la destruction. C'est ce long, patient et secret effort qui a fait avancer réellement les hommes depuis qu'ils ont une histoire."

2. Marcher sur les eaux

    L'avancée de l'histoire autour de la Méditerranée c'est un peu comme ce récit que rapportent, avec des versions différentes, trois évangiles sur quatre et selon lequel Jésus aurait marché sur les eaux. S'il en était ainsi et s'il fallait croire à la lettre le texte contre toute logique humaine, la foi en Jésus regardé par les chrétiens comme le Christ annoncé notamment par le prophète Esaïe, serait bien fragile, et serait plus accordée avec le prétendu paranormal qu'avec la justice et l'amour instaurés par le Christ.
    L'interprétation de toute trace écrite appelle la connaissance de son contexte et de ses circonstances et non pas la fixation sur la lettre même d'un texte qui serait auto-révélateur. La lecture des textes, qu'ils soient coraniques ou bibliques, ne demande de la part du lecteur pas moins de travail et de déplacements que la lecture de n'importe quel texte non-religieux.
    La question n'est pas de savoir si Jésus a marché sur les eaux ou si, selon la sourate de la Caverne (sourate 18, Al-Kahf) analysée par Louis Massignon et plus récemment par Jean Lambert, sept jeunes gens victimes des persécutions de Dèce en 250 ont été effectivement enfermés dans une grotte près d'Ephèse et se sont éveillés 300 ans plus tard. La question pour nous aujourd'hui c'est d'approcher toujours mieux les significations que ces textes comportent. Les lecteurs juifs sont peut-être mieux équipés dans leur culture pour avancer dans cette compréhension parce que leur tradition est jalonnée par les récits de la mishna qui sont autant de tentatives de redire autrement le texte, de l'approcher selon les perspectives toujours nouvelles que l'histoire peut offrir.

3. Entre les terres... entre les temps...

    Nous avons besoin pour lire nos propres textes de la proximité des autres. Qui sont à nos yeux Maïmonide qui écrivit en arabe "Le Guide des Egarés" et Rachi de Troyes (1040-1105), l'auteur de très riches commentaires bibliques ? Qui sont ibn Sina (Avicenne, 980-1037), 'Ibn'Arabi (1165-1241) et Abu l-Walid Muhammad ibn Rushd (Averroès, 1126-1198) ? Le film récent de Youssef Chahine "Le Destin" nous rappelle son exceptionnel parcours intellectuel entre les pouvoirs et tous docteurs de la loi de son temps.
    Et la multitude des exégètes, interprètes et traducteurs modernes des Ecritures bibliques et coraniques ? Qui sont-ils pour nous, tous ceux qui ont travaillé pour que de ce côté de la Méditerranée nous comprenions mieux la culture musulmane et que conjointement les musulmans parviennent à mieux se comprendre eux-mêmes et à entendre quelque chose d'un christianisme très éloigné de celui auquel il est fait allusion dans le Coran ? Les écrits et les articles avisés de Mohammed Arkoun ne sont plus à présenter tant ils sont connus et estimés. Je signale aussi Tariq Ramadan, petit-fils d'al-Banna, qui vient d'ouvrir cet été, par la publication de son livre, une réflexion qui ne devrait pas être négligée pour qui cherche la paix et l'ouverture de l'intelligence...
    Qui sont-ils ces penseurs, ces philosophes, ces historiens, ces linguistes, ces psychanalystes et tous auteurs anciens ou récents de textes, de modestes essais ou de sommes qui témoignent de leur préoccupation la plus profonde, de leur vie mise au service de la clarté et de la rigueur ? Qui sont-ils, sinon les compagnons avec lesquels, gens de formation peut-être plus modeste, nous pouvons refuser d'être enfermés dans nos cultures respectives et mieux voir à l'horizon ce qui nous appelle à vivre ensemble dans l'immense diversité de nos langues, de nos expériences, de nos coutumes et traditions ?

4. "C'est de l'homme qu'il s'agit !"

    Ce que nous appelons un peu légèrement "l'occident" n'a-t-il pas son foyer essentiel dans cet univers grec, hébreu et arabe ? Ce qui fait la beauté et l'unité de l'humanité ce n'est pas l'uniformité théologique ou idéologique qui serait tout à coup imposée à tout vivant, mais l'extrême diversité de nos paysages intérieurs. Une diversité toujours surmontée pour nous faire signe, pour apprendre à nous accueillir et nous estimer. Quelle que soit l'approche de nos livres respectifs nous ne pouvons éviter de remarquer qu'ils ne s'adressent nullement à un groupe qui serait devenu exclusif de tous les autres.
    Nous ne comprenons pas toujours bien le texte de nos Ecritures et cependant comme le dit le poète (poète d'Atlantique, Saint-John Perse nous préserve de tout régionalisme et discrimination de naissance) : "c'est de l'homme qu'il s'agit ! Et de l'homme lui-même quand donc sera-t-il question ?" Oui, chaque fois qu'il est question de bienveillance et de miséricorde, au seuil de chaque sourate, quels que soient les récits évoqués, "c'est de l'homme qu'il s'agit" et de la bienveillance à semer dans le coeur de chacun, de chaque génération, "c'est de l'homme qu'il s'agit, dans sa présence humaine ; et d'un agrandissement de l'oeil aux plus hautes mers intérieures" et de la miséricorde dont le Seigneur des mondes fait preuve lorsqu'il appelle chacun hors de sa nuit, hors du destin dont il croit être victime.
    C'est de l'homme - et de la femme - dont il s'agit lorsque Jésus, appelé par les docteurs de son temps à appliquer la loi mortelle de la religion à une pauvre femme, déclare à ses juges : "que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre !" C'est de l'homme de chaque jour, de notre être aux prises avec les possessions et les mirages de l'argent qu'il s'agit lorsque le jeune homme aux grands biens s'en va tout triste de n'avoir pas reçu de Jésus une recette d'existence qui lui permette à la fois de continuer à thésauriser et d'éprouver le confort mystique du renoncement. C'est de nous tous qu'il s'agit lorsque le peuple des immigrés de l'Egypte traverse, selon l'écriture hébraïque, la Mer Rouge pour parvenir... à un désert où son errance pourvoira à son éducation d'homme.

5. Politique et prophétie

    L'avancée en eau profonde, en compréhension des écritures, ne va pas sans quelque controverse. Mais cette controverse n'est autre que le jeu de la dialectique présent en tout travail de compréhension et non pas tentative de destruction de l'autre. La pratique de la politique de nos jours donne parfois le sentiment qu'on ne peut appartenir à des partis différents sans se détester : c'est parfois inévitable quand sont en jeu l'estime ou le mépris du peuple pour lequel les politiques sont censés travailler. On ne saurait garder estime là où il y a exclusivisme, racisme ou quelque chauvinisme : mais peut-on encore appeler cela du beau mot grec de "politique" qui désigne l'effort pour organiser la vie de la cité ? Il y aurait donc affinité entre les textes fondateurs de nos religions issues de la Méditerranée et le "politique" comme recherche de la paix. Mais la recherche du pouvoir et la révérence exigée envers toute idéologie ne peuvent jamais qu'être placées sous le regard prophétique qui ne pourra jamais être dissout dans un système idéologique. La prophétie telle qu'elle ressort du texte juif, chrétien et musulman ne peut jamais être jugement dernier mais interpellation des vivants en vue d'un devenir. Une interpellation qui donne courage pour voir plus loin, pour ne se résigner ni à la violence du fanatisme ni à l'indifférence vis-à-vis de quiconque - peuple ou individu - aurait un autre visage. Ce n'est pas le sang et l'esprit de tribu qui nous rapprochent, mais précisément par l'intrusion du prophétique dans notre histoire, dans nos histoires, c'est la prise en considération par chacun de l'Unique : l'Unique dont les textes fondateurs témoignent et l'unique famille que nous formons sur la face de la terre. La prophétie nous sauve de tout régionalisme qui nous ferait mépriser les lointains de nos cultures. La prophétie n'est en rien prédiction de l'avenir mais contestation de tout ce qui aliène, rend l'homme, la femme étrangers à leur devenir et au bonheur qu'ils sont en droit d'attendre dans la rencontre de leurs compagnons de route.
    Le travail d'approche de nos Ecritures est en même temps et toujours travail de nos approches de gens qui vivent ces quelques décades qui nous sont imparties, brève rencontre sur l'aire immense de l'histoire. Nous savons de source sûre que ce siècle tout au moins, fut celui de la fureur et de l'horreur : en ce siècle des juifs, des cambodgiens, des musulmans, des tziganes, des africains, des japonais, des palestiniens, des soudanais, des rwandais, des tamouls, des baha'is, des viet-namiens, des "déviants" de la sexualité ou de l'idéologie majoritaires... - et l'évocation sera toujours partielle - ont disparu par millions ou par milliers sans que l'on puisse invoquer ici les méfaits de la nature. L'homme s'est rendu responsable de la destruction de ses semblables. Et nous savons - et c'est notre actuelle détresse - que cette violence ne s'apaise pas en bien des lieux de la terre, et notamment dans cet immense carrefour des cultures que dessinent les voies méditerranéennes.
    Sous couvert de religion, de révélation, de croyance littérale en ses récits, chacun dans ses discours a attribué aux autres une nature ou une culture intrinsèquement négative et s'est autorisé à supprimer ce qu'il prenait pour de l'ivraie sans se douter un instant que sa perception pouvait être troublée et que son jugement sur les autres pouvait être aussi déficient que celui qu'il portait sur lui-même quand il se prenait pour la race élue, l'unique église, la seule vérité, l'unique dépositaire de la révélation, le garant de toute écriture, l'interprète d'une parole unique et définitive.

6. Dans le même bateau

    Je ne sais si, entre juifs, chrétiens, musulmans nous nous sommes rencontrés sur les paquebots et les cargos qui croisent en Méditerranée - mais je sais que nos discours pendant des siècles ont parcouru le littoral aussi bien que l'arrière-pays. Et tous nous avons vu un jour débarquer ceux qui étaient considérés sur leur propre terre comme des hérétiques. La Méditerranée tout entière est ainsi, à divers moments de son histoire terre d'accueil ou terre d'exil.
    A l'heure où notre propre pays se montre plutôt parcimonieux sur le plan de l'accueil, il semble ignorer dans le confort ou l'anesthésie de la société de consommation, les affres de ceux qui vivent chaque jour dans la terreur. Au nom de l'absolutisme religieux combien d'actes de violence pourraient encore survenir en ce monde et ce serait le signe de l'analphabétisme de la foi et la mort de tout dialogue. Mais "nos pères" nous ont donné un tout autre exemple, et j'indique aussi bien sous ce vocable, les théologiens et philosophes venus de la culture musulmane nous apportant la connaissance d'Aristote que les très anciens juifs qui nous ont rendu attentifs à une parole qui est simultanément création de l'horizon du monde pour chacun et création de relations nouvelles inespérées entre les familles des peuples, leurs ethnies, leurs cultures.
    La Méditerranée c'est le judaïsme plus le christianisme plus l'islam et avant cette histoire même des trois grandes familles aux proches paroles, ce sont les ports d'attache de voyageurs et marins venant de l'Orient (Malte et sa mosaïque de langues aussi bien que Marseille restent comme des témoins de ce très ancien brassage) Et avant l'écriture de nos Ecritures le monde grec, dans l'intervalle de ses guerres régionales, trouvait plaisir à déployer en théâtre les péripéties de son histoire et de sa psychologie. Les premières interrogations nous viennent de bien avant Socrate, Platon et Aristote. La Méditerranée c'est le grec, l'hébreu, l'araméen, l'arabe, le berbère : de toutes ces langues et ces cultures nos écritures portent trace et la raison créatrice y trouve ses sources.

7. Pour une vérité ouverte

    La question restera toujours ouverte de savoir si ce que nous accueillons aujourd'hui comme la vérité, notre vérité, nous est parvenu en un instant comme une illumination soudaine, comme une révélation ou au bout d'une maturation de plusieurs millénaires. Les hommes de pouvoir et d'empire ont toujours eu intérêt à laisser entendre que le Dieu du ciel se comportait comme eux et que la révélation concernait en priorité l'ordre social dont ils étaient les dominateurs à défaut d'en être les gérants. Nous sommes parvenus à la liberté et la démocratie, mais souvenons-nous, nous ne le devons pas seulement aux athéniens de l'Antiquité. La démocratie d'Athènes n'était après tout qu'une démocratie aristocratique soutenue par plus de 20 000 esclaves.
    Entre les Mu'tazilites musulmans du 10e siècle de notre ère, épris de l'exercice de la raison dans la liberté et le Réformisme de Mohammed 'Abduh au 19e siècle, entre la Réforme protestante du 16e siècle et la révolution française du 18e siècle, entre l'idéal des premiers acteurs des kibboutzim d'Israël et l'actuelle recherche de la paix, il y a toujours, il y aura toujours ce souffle de l'esprit des hommes et des femmes de bonne volonté. Il y aura toujours une commune espérance de paix à cultiver. Nos écritures, si malmenées par tout docteur de la loi ou tout littéraliste aux lunettes défaillantes, n'ont pas fini d'inspirer la générosité et les possibilités d'estime de l'autre. Nous ne souhaitons pas vivre côte à côte dans l'ignorance ou pire encore dans le mépris, comme si nous étions des gens d'apartheid, mais les uns pour les autres. Un théologien de Prague des années 60, Josef Hrodmadka, le disait très bien par un néologisme que tout le monde peut comprendre : notre vie prend sens dans la pro-existence (pro-existenz) dans l'existence tournée vers les autres. Il n'y a pas de culture personnelle sans la présence des autres, il n'y a pas de culture d'un peuple sans la rencontre des religions ou des cultures d'autres peuples. Le sens même de notre langage et de nos comportements change à mesure que l'autre est accueilli et que vient à croître l'estime réciproque.
    L'existence de l'autre m'importe plus que le verrouillage de mes propres convictions. Le sens de ma vie n'apparaît que dans cette ouverture. Les musulmans ont fait, dans leur histoire, un pas important lorsqu'ils ont dû renoncer au califat d'un seul homme. Les juifs n'ont plus de grand prêtre depuis la chute de Jérusalem, des chrétiens demeurent encore attachés il est vrai, pour une partie d'entre eux seulement, à une hiérarchie susceptible d'imposer une pensée unique. Mais on peut observer que beaucoup de communautés d'églises découvrent maintenant leur liberté de penser et de mise en pratique des Ecritures. Cette mise en pratique concerne moins l'administration du culte que le souci des vivants sous le soleil commun de la bienveillance et de la miséricorde.

8. Surmonter toute crainte

    Il n'est pas de marin qui n'ait connu l'effroi de la tempête, même s'il s'agit des vagues courtes et néanmoins redoutables de la grande bleue. Le psalmiste biblique à plusieurs reprises exprime cette crainte qui n'est pas seulement celle d'un marin, mais celle de tout vivant aux prises avec les profondeurs de son être, de ses perplexités, de sa solitude. "Seigneur, tends la main pour me sauver, pour me délivrer des grandes eaux". Bien moins qu'un miracle dont on ne verrait pas bien la portée, Jésus est compris, selon les évangiles comme celui qui met sous ses pieds nos angoisses et nos craintes. Ce qui était l'objet de terreur s'efface pour nous donner le courage et la confiance nécessaires pour nous engager sur des chemins de paix où nous ne serons plus effrayés mais émerveillés par la diversité de nos langues, de nos croyances et mieux engagés dans la recherche d'une humanité réconciliée selon la justice et la bienveillance.
    Notre planète rétrécit. Nous ne sommes qu'à quelques heures d'avion de la plupart des grandes capitales. D'un seul regard les spationautes embrassent la terre entière et mesurent l'étroite solidarité des vivants, les limites et la précarité de leurs ressources. Et c'est pour nous, les piétons de l'histoire, comme un appel à la sagesse dont témoignent nos Ecritures. Nous ne sommes nullement confinés dans des réseaux parfois voués à de mortelles crispations. Peu de populations peuvent aujourd'hui vivre sans échange. Personne ne peut faire le Robinson en sa région ou son ethnie et ignorer qu'il est toujours possible de vivre autrement et de faire de l'histoire autre chose qu'une histoire d'intimidations des uns par les autres.
    Tout le monde ne peut pas être savant et lecteur et méditant avisé de ses Ecritures, mais nous avons gardé la nostalgie, juifs, chrétiens, musulmans des grandes heures de Cordoue et de Tolède où nos cultures ont su s'accorder jusqu'au moment où le pouvoir monarchique d'Espagne en déficit de culture, n'a plus supporté la présence de l'autre. Et le juif s'en fut à Safed et le musulman a reflué vers l'Afrique, et bien des chrétiens se sont trouvés désavoués par l'institution même à laquelle ils appartenaient.
    Mais chacun, chrétien, juif, musulman a laissé trace de ses intuitions, de ses questions, de ses gestes d'apaisement. Nous en vivons encore aujourd'hui en dépit des intégrismes qui affectent chacun de ces grands ensembles. Rien ni personne ne saurait nous empêcher de méditer autour de la Méditerranée le meilleur de nos ressources écrites et d'échanger dans la paix les dattes et le sel d'un savoir qui plus que le vin réjouit le coeur de l'homme. Nous avons tous dans nos maisons aujourd'hui quelques objets de culture appartenant à cette épopée conjuguée du savoir et de l'imaginaire. Ce que nous sommes en droit d'attendre ce ne serait en aucune façon une nouvelle pax romana où le silence imposé par la force finit par anéantir toute possibilité de débat et toute initiative de retour à des gestes fraternels. La paix des religions n'est pas celle qui résulterait d'une nouvelle oppression qui retirerait à la culture religieuse, spirituelle ou théologique son droit à l'expression. Nous ne traverserons pas la Méditerranée à pied sec mais nous percevons déjà suffisamment de témoignages pour que la mer si profonde de nos angoisses ne vienne pas nous intimider.

    Texte paru dans le numéro 5 de Théolib.

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