Quatre siècles après Jean Calvin - Théolib 44

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Quatre siècles après Jean Calvin - Théolib 44

 
 

 
Éditorial. Quatre siècles après J. C.
Pierre-Yves RUFF
 
    Ce numéro de Théolib est issu d’un hasard de lectures, comme il arrive qu’il s’en produise dans une ligne éditoriale. 2009  — nous ne le savons déjà que trop — sera sacrée “année Calvin”. En soi, c’est une bonne chose : tout acte de mémoire ne comporte-t-il pas une part de nécessité ? Aucun présent ne demeure possible, là où l’on veut effacer la mémoire. Et l’un des actes les plus cruels qui fut souvent imaginé fut d’effacer le nom d’un homme, en martelant la pierre, dans les coutumes de l’Antiquité, en brûlant un homme et ses livres, en un temps plus récent, ou encore en faisant silence d’un nom — ce qui, au demeurant, est une forme plus louable, car plus ritualisée, d’une même violence.
    Pourtant, deux ombres restent au tableau. Pour commencer, les “années” sont toujours dédiées aux vainqueurs. À quand une année Mélanchton, Castellion, Paracelse, Menno, Joris ou… Servet ?
    Ensuite, si le présent se nourrit du passé, il ne peut que mourir s’il entre dans la fascination du passé. Le sens profond de la mémoire est toujours de préparer un avenir. L’histoire seule, dans son désir louable d’établir des faits, ne suffit pas. Il faut justifier le passé, par l’ouverture d’un devenir.
    En 1903, des hommes d’horizons divers se sont rassemblés à Genève, quatre siècles après Jean Calvin, dans un mouvement fortement marqué par l’espoir d’un dépassement ou d’un oubli. La présence d’un catholique libéral, Hyacinthe Loyson, excommunié de longue date, et d’un libre penseur protestant, Giran, silencieux ce jour-là, en dit déjà beaucoup. Qui se souvient de leur présence, de leurs écrits ? Notre revue rassemble ici leurs signatures, dans ce qui voudrait être, et permettre, une réflexion sur la mémoire, une méditation sur le pouvoir et sur la foi.
    Et puis, en évoquant Loyson, comment ne pas songer à cet autre grand nom du modernisme, Loisy, excommunié en 1908 ? N’y a-t-il pas entre lui et les autres une forme imprévue de communion des saints ?


    Calomnies d’un vaurien

Un disciple de Castellion

    “On ne fait point [à Dieu] l’honneur qu’on lui doit, si on ne préfère son service à tout regard humain, pour n’épargner ni parentage, ni sang, ni vie qui soit et qu’on mette en oubli toute humanité quand il est question de combattre pour sa gloire” (Jean Calvin.)
    “Les hommes sont les enfants de Dieu… Dieu naturellement aime les hommes, qui sont nés de lui. La volonté de condamner un certain nombre d’hommes à la perdition n’est pas une œuvre d’amour, mais de haine. Dieu n’a créé personne pour une semblable destinée. La création n’est pas une œuvre de haine : c’est une œuvre d’amour… Aucun animal n’est assez cruel pour vouloir le malheur de ses petits, à plus forte raison Dieu ! Dieu serait-il pire qu’un loup ?”
    “Si le péché est voulu par Dieu, alors Dieu est coupable de péché. Si Dieu veut le péché, pourquoi le défend-il aux autres  ?”
    “Si Dieu veut le péché, il est pire que beaucoup de pécheurs, car les hommes ne veulent pas le péché… Paul disait : ‘Je ne fais pas le bien que j’aime et je fais le mal que je hais.’ Pourquoi l’apôtre Paul éprouve-t-il de la haine pour ce que Dieu veut ? Pourquoi éprouve-t-il de l’amour pour ce que Dieu ne veut pas ? Tes adversaires demandent aussi, Calvin, que tu leur dises dans quels textes de l’Écriture tu as trouvé cette doctrine qui accuse Dieu d’avoir voulu le péché de toute éternité  ?”
    “Toutes les lois humaines et divines condamnent les hommes après le crime. Le Dieu calvinien condamne les impies avant même leur naissance… Tes adversaires, Calvin, opposent ici leur Dieu à un tel Dieu.”
    (Extraits d’un ouvrage que Calvin attribua à Castellion. Le Réformateur de Genève répondit par un écrit intitulé Calomnies d’un vaurien…, qui se termine par ces mots : “Que Dieu t’écrase, Satan !” suivis pieusement par : “Amen.”)

    Sommaire
     
    Éditorial. Quatre siècles après J. C.
    Hyacinthe Loyson, Michel Servet, brûlé vif à Genève le 27 octobre 1553
    Étienne Giran, Sébastien Castellion et la Réforme calviniste. Les deux Réformes
    Alfred Loisy, L’Évangile et l’Église
    Didier Fougeras, Alfred Loisy, entre raison et comparaison ?
    Pierre-Yves Ruff, Autour d’une petite phrase
    Jean-Loup Seban, Conseil de Ménippe le cynique à Monsieur l’arriviste
    Calomnies d’un vaurien

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